Un catamaran autour du monde

11 Feb

57 - On a déménagé

Publié par Le capitaine et le pimousse

Comme chaque mot de ce blog, qui est pesé, soupesé, décortiqué avant d’être mis en ligne afin de plaire à nos lecteurs et ne pas outrager les ligues de vertu (...), ce titre ô combien réfléchi est certainement le plus évocateur que nous pouvions choisir.

Il enferme à lui seul différentes significations qui sont toutes d’actualité.

On t’explique, ô lecteur chéri-qu’on-aime, et tu jugeras de la pertinence de ces propos par toi-même.

En premier lieu, nous avons enfin quitté Arrecife et notre boat-pote François 1er, avec un grand soulagement pour la première, et un p’tit pincement au coeur pour le second.

François, c’est un mec bien, tu sens quand tu parles avec lui, quand tu le regardes, quand tu l’écoutes, qu’il est bon. Plein de bonté, de gentillesse, et nous demandons à tous nos lecteurs de croiser les doigts pour que ça se goupille bien pour lui : il attend que son amoureuse le rejoigne mais comme y’a eu un clash...

En deuxième lieu, nous avons mis les voiles et pris la direction de Las Palmas, la capitale de Gran Canaria, la plus grande des îles de l’archipel canarien.

Ca nous permet de nous rendre compte qu’en attendant hier au port des conditions plus favorables, on s’est mis le doigt dans l’oeil.

Un effet venturi nous donnait l’illusion que le vent était fort, alors qu’il ne l’était pas tant que ça...

Comme il y en a un qui lève le doigt au fond de la classe, on vous précise qu’un effet venturi est lié à la configuration géographique d’une côte. Le vent, qui souffle vers le large, freiné à terre par différents obstacles (collines, végétation...), accélère subitement au bord de mer avec la disparition desdits obstacles, mais, quelques milles plus loin, s’essouffle.

De sorte que le couillon qui est dans la zone côtière a l’impression que le zef est sévèrement burné, alors qu’il s’agit juste d’une petite brise qui s’est déguisé en tramontane pour faire son intéressante...!

On prend conscience qu’on est les couillons en question quand, à quelques milles au large d’Arrecife, le vent est juste assez suffisant pour avancer décemment.

Qu’importe, alors que nous allons au Sud Ouest, nous prenons cap au Sud pour profiter d’une meilleure orientation du vent et d’une houle favorable, et, à hauteur du canal de la Bocayna, qui sépare Lanzarote (à tribord) de Fuerteventura (à bâbord), on trace au 270 (plein Ouest), pour franchir le canal, qui, fort heureusement, est paisible, ce qui nous permet de jouer les David Hamilton du paysage !

57 - On a déménagé
57 - On a déménagé
57 - On a déménagé
57 - On a déménagé

D’une façon générale en effet, les canaux sont agités, puisque le resserrement des côtes créé une remontée des fonds et un goulot d’étranglement au milieu duquel la houle est plus confuse, mais ici, il n’en est rien.

Ouf...!

Tout au contraire, un dauphin bicolore (il a le ventre et un flanc tout blancs) vient s’amuser un peu avec nous, créant comme à chaque fois qu’on croise un de ses congénères un émerveillement indescriptible, et que par conséquent on ne va pas essayer de décrire !

C’est tout de même curieux, non, cette sympathie qu’on a pour les dauphins ? Parce que ce sont des mammifères, comme nous ? Qui sait...

Puis c’est au tour d’un pigeon de nous rendre une petite visite de courtoisie. Est-ce l’un des deux pigeons de La Fontaine, celui qui s’ennuyait au logis, et qui est venu nous accompagner quelques instants ? Puisse-t-il rentrer sans encombre cette fois-ci...

57 - On a déménagé
57 - On a déménagé
57 - On a déménagé
57 - On a déménagé

Après quoi, sous le vent de Fuerteventura, une grosse houle nous pousse à la côte, et dans le même temps, le vent s’amenuise considérablement. Après avoir vainement tenté de nous débrouiller comme de vrais marins, force nous est d’admettre que les éléments prennent le dessus, et nous faisons appel aux jumeaux Yanmar pour décoller de cette pétole qui, liée au courant qui nous rabat vers la terre, pourrait avoir des conséquences funestes si nous n’y prenions garde...

Mais on fait gaffe, juste pour avoir le plaisir de te le raconter, ô lecteur de nos amours ! et mieux encore, malgré le danger, on se fend de quelques photos de l’île que nous n’avons pas visitée...! Fuerteventura !

57 - On a déménagé
57 - On a déménagé
57 - On a déménagé

Pendant deux heures, nous subissons le ron-ron de nos fidèles alliés, jusqu’à ce que LE grand moment arrive.

Le vent réapparait, juste comme il faut, c’est à dire 20-25 noeuds, et, avec tout dessus (il faut comprendre la grand voile et le foc entièrement sortis), nous faisons cap direct sur notre destination.

S’il y a un moment qu’on vous souhaite de partager avec nous, que ce soit un comme ça !

La houle est de trois quart arrière, comme le vent, et nous peaufinons nos réglages, qui s’améliorent à chaque traversée, grâce au bon sens du pimousse qui fait des suggestions remarquables sur la conduite du bateau. Ce pimousse, il a du sang de marin qui lui coule dans les veines, parole !

C’est ainsi que, grand voile largement débordée et foc gonflé à bloc, on se met à atteindre des vitesses absolument incroyables pour un bateau de croisière.

Saches, ô lecteur terrestre, qu’un voilier moderne navigue généralement, dans de bonnes conditions, à 5 ou 6 noeuds, 7 quand ça va bien.

Et bien nous, pendant quelques heures, et jusqu’au début de la nuit, on va tracer entre 9 et 13 noeuds...!

C’est pas qu’on est des champions, c’est juste qu’on avait de bonnes conditions et qu’on avait pour une fois particulièrement soigné les réglages des voiles.

Hélas, la partie de plaisir est de courte durée, car au fur et à mesure que nous approchons de Gran Canaria, une nuit très sombre nous enveloppe, ce qui ne manque pas comme à chaque fois de créer quelques inquiétudes chez le pimousse (allez savoir pourquoi...), tandis que le capitaine lui, s’excite comme un gamin (allez savoir pourquoi...).

Bien qu’en début de nuit nous ayons pu manger une soupe bien chaude mitonnée par un pimousse décidément doté d’un sens marin peu commun, la fin de la nuit est pénible, car plus on approche des côtes, et plus la houle est grosse et désordonnée.

Ca tape de toutes parts, et le bateau est secoué, de façon anarchique, il n’y a pas de rythme sur lequel on puisse se calquer, et nos estomacs en prennent pour leur grade. On réussit néanmoins à ne pas régurgiter ce que nous avons ingurgité, aucun membre de l’équipage n’étant désireux de battre le record établi quelques jours plus tôt par le capitaine !

A l’approche de Gran Canaria, la houle est insupportable, le vent faiblit, mais nous réussissons une fois de plus au beau milieu de la nuit notre atterrissage au millipoil, ce qui est la preuve, si jamais des grincheux en doutaient, que (barrer la mention inutile) :

- nous planifions notre navigation comme des as

- nous avons le cul bordé de nouilles

- notre électronique fonctionne très bien

- les trois à la fois

Les gars de Las Palmas, auxquels nous expliquons dans un espagnol travaillé que nous désirerions une place au port puisque nous avons quelques menus travaux à effectuer, nous envoient gentiment chez Plumeau, et daignent tout juste nous indiquer qu’il y a une plage après le port, qu’on a qu’à aller mouiller là pour la nuit, et que “mañana por la mañana”, on aura peut être la possibilité de rentrer dans la marina...!

C’est tellement bon, d’être accueilli si chaleureusement !

On déniche la plage en question, qui est tout ce qu’il y a de plus paisible, et elle sert de cadre au premier exercice grandeur nature de cet acabit pour le pimousse : jeter l’ancre !

Eh oui, lecteur joli, figure toi que, depuis plus d’un mois que nous sommes partis, nous n’avions encore jamais jeté l’ancre ! Incroyable mais... vrai ! Comme disait Jacques Martin jadis le dimanche après midi !

Comme nous avons une place gigantesque, le capitaine se fend d’une petite leçon à l’attention du pimousse, qui ouvre grand ses portugaises, parce que la prochaine fois qu’il faudra réitérer l’exercice, se sera aux Iles Vierges !

Nous sommes enfin au calme, il est 4 heures du mat’, et le capitaine se paye le luxe d’une bonne douche chaude, meilleur remède qu’on ait inventé depuis la nuit des temps pour requinquer un marin fourbu par 18 heures de navigation non-stop !

Alors, à ce stade du récit, tu te dis, ô lecteur dénué d’imagination, que l’article est fini et qu’il n’y a plus qu’à attendre le prochain.

Miséricorde ! As tu donc déjà oublié que l’article s’intitule “on a déménagé” ?

Car voici le point d’orgue de cette navigation - à la fois très plaisante et très éprouvante - qui nous a fait déménager d’Arrecife à Las Palmas.

Une fois ancrés, et le capitaine douché, vos deux héros préférés auteurs de ce blog hautement palpitant n’aspirent qu’à une seule chose : dormir dans un bon lit douillet, ce dont nous jouissons depuis notre départ, puisque nos matelas sont de first quality, et nos duvets assurent la chaleur adéquate à nos organismes meurtris par les morsures des flots (quelle poésie, quand même...)

Seulement, lorsqu’on ouvre notre duvet, c’est pour constater qu’il est complètement trempé !

La faute au pimousse qui, avant le départ, a mal refermé le hublot de notre cabine, et a même pris ombrage que le capitaine lui pose la question qui tue : “t’as bien fermé, hein ?”

La faute au capitaine, qui devrait normalement tout vérifier lui-même.

Bon, c’est pas grave, ça va sécher, on a deux autres cabines, et pour être au sec, et bien... on a déménagé !!!

Et voilà le travail ! Tu apprécies maintenant à sa juste valeur la pertinence du titre cet article, hein, lecteur assidu ?

On l’espère !

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C
Merveilleux tout ça pour une reprise en douceur après quelques jours de pause... pour vous sur Kounji mais aussi pour moi devant l'ordi et puis parce que finalement l'aventure c'est aussi toute ces petites histoires qui font notre plus grand bonheur et votre plus grande expérience alors... de l'eau, du vent et des dauphins, j'en veux encore... je continue dans l'ordre et je vous reprend plus tard....
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M
ralala, que de péripécies( jsuis pas sur de l'orthographe) et oui on a pas tous des talents de grand écrivain.c'est une vie trèpidante , prenez bien soins de vous .a bientot
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J
Ya pas que vous qui avez des jumeaux...on a ici Ray et Pet's !!! mdr<br /> MERCI encore et encore de prendre le temps de nous tenir informés car on a bien compris le temps et le travail que ça représente, on ne le dira jamais assez...(ça méritait d'être souligné), car ça nous fait un bien fou !!<br /> Je viendrai bien au carnaval avec vous...! Amusez vous bien, bisous bisous...
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P
Ce Ray, il est nul, il a écrit : &quot; l'habit....et (c'est est qu'il fallait écrire) et il dit qu'il a relu !... faux, il ment.... Aléas jacta est !
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R
Toujours avide de découvrir la prose du captain, ce matin je me suis jeté sur l'ordi !...Les conditions de navigation, même pénibles, vous affectent moins, et comme on dit : &quot; ...l&quot;habitude et une seconde nature&quot;. S'agissant des angoisses du pimousse au crépuscule du soir, elle en connait bien les raisons pour me les avoir données et il faut remonter à son plus jeune âge pour les comprendre !..Expliques au captain pimousse...J'ai eu grand plaisir à vous voir hier soir et j'espère que la grande étape à laquelle vous aspirez, en dépit des craintes légitimes ressenties, se déroulera au mieux dans des conditions météo idéales....bisous.
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