66 - Le chat et la souris
18 février 2013
Le vent joue au chat et à la souris avec nous. Et ça ne nous fait pas rire... Surtout qu’on ne sait pas qui est le chat et qui est la souris !
Pendant la nuit, il a enfin daigné donner de la voix, et à 4 heures du mat’, le capitaine se réveille enchanté en constatant que ça souffle bien (15 noeuds), dans la bonne direction (Sud Ouest), et que du coup on trace (7-8 noeuds).
Pourvu que ça dure !
C’est un voeu pieu puisque, à l’heure du p’tit déj (thé Earl Grey comme les english, fruits frais et petits pains grillés revêtus de Nutella ou de pâte de Speculoos, idéal pour le régime), le même vent qui nous a bien poussés pendant la nuit retourne se coucher...
Il faut croire que dans ce coin, le zef est noctambule, parce que d'activité diurne il n’a point.
C’est tout de même étrange, si loin des côtes...
Nouvelle session de pétole, alors pour ne pas se laisser abattre, apéro de compétition avec “berberechos al natural”, et sauté de canard aux légumes.
Regardez comme on se régale !
Bref, les alizés, c’est pas pour tout de suite, puisqu’on se remet à faire du sur place, avec cette fois-ci la houle de travers. C’est un comble : on n’avance pas et en plus on est remués comme des patates dans le panier de la ménagère qui revient du marché !
La mer est grise, car le soleil imite le vent et s’absente régulièrement derrière les nuages, et bien que nous soyons encore pieds nus, en short, l’illusion tropicale n’est plus là.
Comme on s’est réveillés à 4 du mat’ quand le vent a fait ses vocalises, on se concerte avec le pimousse, et il est voté à l’unanimité qu’une bonne sieste s’impose !
Dont acte.
Au réveil, on fait le désormais traditionnel point de 16 heures.
115 milles parcourus dans les dernières 24 heures, ce qui est mieux que la veille, mais qui ne nous permettra assurément pas de battre le record de la traversée de l’Atlantique...!
Il faut dire qu’avec un vent moyen de 10-12 noeuds, on ne risque pas de faire mieux.
Les indications de nos guides nautiques prennent toute leur dimension au regard de nos performances depuis le départ des Canaries, puisqu’il est écrit : “Tous les livres qui ont été écrits sur les traversées transatlantique ont quelque chose à dire sur la meilleure route par les alizés, bien que l’on ne puisse pas rajouter grand chose à ce qu’avait déjà trouvé Christophe Colomb lui-même. La première chose à faire est de quitter aussi vite que possible la zone de calmes plats et de vents variables qui entoure les Canaries. Avec un peu de chance, un vent de Nord peut se lever, autrement, il faut s’attendre à devoir patienter ou faire du moteur...”
Et bien voilà : on patiente !
On fait bien, car à l’approche d’un grain, le vent monte à 20 noeuds, et Kouunji se prend pour Usain Bolt, en faisant des pointes à 10 noeuds ! Enfin de la vitesse !
Mais le fin du fin, c’est que ça ne s’arrête pas ! Même en réduisant sérieusement la voilure pour passer la nuit tranquille, Kouunji se sent pousser des ailes et trace sa route comme jamais.
Le prix à payer, c’est que la nuit est agitée, mais qu’est ce qu’on avance !