67 - On ne peut pas tout avoir
19 février 2013
La nuit a été agitée. Après une bonne séance de rock’n’roll, difficile de trouver le sommeil quand tu fonces à 10 noeuds dans le noir sur une mer qui te pousse au train et fait faire au bateau des embardées dignes des plus grands champions de surf.
Le pimousse, qui n’aime rien d’autre que les mers d’huile et la pétole, va de notre cabine au carré pour essayer de trouver une place qui lui permette de pioncer un peu. Sans grand succès.
Le capitaine lui s’extasie de notre progression et au petit matin, constate que cette journée sera - et de loin - la meilleure depuis le départ. Il prépare le p’tit déj au pimousse qui lit avec plaisir le texto de Ray, qu’on reçoit toujours curieusement avec décalage.
Grand beau temps, 30 degrés, vent et mer favorable, que demander de plus ? Que la mer soit moins agitée ? Et bien, on le demande avec ferveur, mais ça ne vient pas...
Comme cet article est judicieusement titré, on ne peut pas tout avoir. Soit la mer est très calme, le bateau est confortable, mais c’est qu’il n’y a pas de vent et qu’on imite l’escargot, soit le zef est avec nous, mais il creuse nécessairement la mer et ça bouge.
Vous l’avez compris, le pimousse préfère la première configuration, le capitaine la seconde.
Comme jusqu’à présent les jours se sont à peu près répartis à hauteur de moitié en calmes et l’autre moitié en allures plus sportives, l’équilibre est parfait.
Tout le monde est content, même Kouunji qui ne demande rien d’autre qu’à fendre les flots aussi loin que nous le souhaitons pour nous amener à bon port.
Pourtant, vers deux heures du mat’, un truc nous fait aussi peur que Freddy dans “Les griffes de la nuit”...! L’alarme du GPS retentit. Le bidule nous dit qu’il ne peut pas localiser le bateau...!
Ah...? Faudrait-il donc terminer la transat sans GPS ? Ce serait ennuyeux... Certes, on en a un autre de secours, mais tout de même...
Le capitaine s’empare de la notice, qui lui apprend avec bonheur qu’il suffit de réinitialiser l’écran et que “ça va d’aller” (hein Kika !?).
Le capitaine prend l’option de laisser le bidule se reposer, après tout, il y a droit lui aussi, ça va faire quatre jours qu’il bosse non stop, et se contente de laisser en marche le pilote automatique, qui est décidément le meilleur allié du marin fatigué.
Au matin, tout est en ordre, le GPS fonctionne parfaitement, le moral est au beau fixe, et on s’efforce de ne pas penser à l’arrivée, parce qu’il reste minimum 15 jours, bien qu’on continue à foncer...!
Quelques photos du sillage de Kouunji te donneront peut être une idée de la vitesse à laquelle nous naviguons... De toute façon, on n’a rien d’autre en stock pour toi, lecteur chéri !
Quand tu y songes, déjà qu’un périple de 7 ou 8 heures en bagnole ou en avion, tu trouves ça long, alors trois semaines... On vous laisse imaginer comment il faut gérer l’impatience !
Au désormais traditionnel point de 16 heures, les sentiments sont mitigés : certes, nous avons parcouru 170 milles lors des dernières 24 heures, ce qui constitue notre record jusqu’à présent.
Mais si ce satané scrognetedjeu de vent avait bien voulu ne pas nous laisser tomber à midi, on aurait fait mieux... Bien mieux !
Réjouissons nous, ce bond en avant nous positionne par 22°52’ Nord et 21°43’ Ouest.
Si tu veux t’amuser lecteur, attrape une carte et regarde ! En gros nous sommes 350 milles au Nord des îles du Cap Vert. Nous filons Sud Ouest, car il nous faut attraper ces fichus alizés et sortir de cette zone de vents irréguliers où nous sommes englués depuis trois jours, et qui jouent avec nous et nos nerfs.
Car, évidemment, nous voudrions aller plus vite.
Pour masquer son désarroi, le pimousse se fait un goûter d’enfer : banane au Nutella.
On aurait du se faire sponsoriser par Nutella, y’en a sur presque tous nos clichés !
La soirée s’écoule paisiblement, puisque le vent est aussi mou qu’un Chamallow...!