70 - La "vraie" transat
22 février 2013
Jusqu’à présent, on descendait Sud Sud Ouest, donc on ne “traversait” pas l’Atlantique. Enfin, pas vraiment... Même si cette route est celle préconisée par tous ceux qui en ont essayé d’autres.
Et bien, la vraie transat commence mal. Aussitôt après avoir bifurqué à l’Ouest, et pris le cap 270 pour gagner Tortola, l’océan nous joue un tour à sa façon.
Tous les marins te le diront, traverser l’Atlantique par la route des alizés est normalement une navigation paisible, tranquille, pépère, on te laisse choisir l’adjectif que tu préfères, lecteur !
Et bien, le début du parcours ressemble pour nous au pire de ce qu’on a connu !
La houle va dans tous les sens, Kouunji fait des embardées à 90 degrés, les creux se forment de façon inattendue et nous propulsent aux quatre vents, les chocs sous la nacelle nous donnent la sensation que le bateau va se disloquer, bref, c’est absolument insupportable.
Et tout aussi incroyable !
Comment se fait-il que, sous ces latitudes qu’on fait toujours rimer avec quiétude (quelle poésie, hein...), nous ayons une mer aussi désordonnée, inconfortable et pénible ?
Pourtant, nos voiles sont bien réglées, nous surfons sur la houle principale et atteignons des vitesses enviables, mais, sans que l’on sache pourquoi, une houle secondaire nous assaille à bâbord, et une houle tertiaire nous attaque à tribord.
Il y a à peine 20 noeuds de vent, et cela devrait être parfait, mais la mer moutonne, des crêtes d’écume coiffent presque toutes les vagues, c’est vraiment étrange.
Une pensée horrifie le pimousse (et le capitaine aussi, d’ailleurs...) : on ne va tout de même pas passer les 15 jours qui restent dans ces conditions ?
Après quelques heures à ce régime, ça se calme un peu... Mais juste un peu...
Puis ça se calme vraiment (ouf...) et Kouunji se sent pousser des ailes : on s’envole, avec des pointes à 13 noeuds, et aussitôt le capitaine se voit huit jours après aux BVI (British Virgin Islands, il faut suivre, un peu...). Quel optimiste, ce capitaine !
A quatre heures du matin, l’alarme du pilote automatique sonne.
What’s up, doc ? comme disait Bugs Bunny.
C’est juste pour nous dire qu’on a atteint nos 100 premiers milles nautiques sur la traversée.
En dix heures, c’est pas mal, non ? Si on tenait ce rythme... Si seulement... Mais on sait qu’on ne le tiendra pas. C’est bien dommage, car certes la satisfaction intellectuelle de traverser l’Atlantique à la voile est bien là, mais c’est néanmoins une navigation bien longue et fastidieuse.
Le pimousse a bien dormi cette nuit, mais bouchons dans les oreilles de rigueur !
Au petit matin, lever de soleil avec une luminosité unique, qu’on ne voit que sous les tropiques.
On trouve des poissons volants échoués sur le pont, bien trop petits pour qu’on les fasse griller. Les pauvres ont dû voler un peu trop près de Kouunji et se sont laissés prendre bêtement. Kouunji est un assassin bien malgré lui, parole !
Alors que nous n’avons jamais été aussi loin des côtes, un oiseau brun vient traîner dans notre sillage, sans doute en quête de pitance.
Il repassera, la bouffe, c’est pour nous ! Et puis on ne sait jamais, si on devait mettre un mois pour traverser, il faut avoir de la marge.
Au point de 16 heures, le capitaine est tout sourire : 190 milles parcourus, record battu !
On s’emploie à modifier nos réglages, car le vent tourne un peu, et c’est le début des ennuis. Le pilote ne veut plus suivre le cap qu’on lui indique, le dessalinisateur coupe sans arrêt, bref, on passe deux heures un peu à cran à essayer de faire fonctionner tout correctement, à commencer par les voiles.
Mais il est bien difficile de trouver les bons réglages, avec la houle qui nous remue encore, et le vent qui mollit.
Finalement, on revient à ce qu’on avait adopté précédemment, et ça va plutôt pas mal. Le pilote revient à de meilleures dispositions, le dessalinisateur a produit ce qu’on attendait de lui même s’il l’a fait par intermittence, et le vent semble stabilisé.
Bref, on a déployé beaucoup d’efforts pour... rien !
On aura mérité une bonne nuit de sommeil, et on ne va pas s’en priver, crois nous, lecteur ! Et si tu ne nous crois pas, c’est pareil ! Qui va venir nous déranger ici, hein ?
Personne !