Un catamaran autour du monde

18 Mar

75 - On retourne à l'école

Publié par Le capitaine et le pimousse

27 février 2013

Oh non, pas celle que vous croyez, hein, avec l’institutrice à l’air sévère, les pupitres en bois avec le trou pour l’encrier et le tableau noir sur lequel on écrit à la craie qui vous laisse plein de poussière sur les doigts...

Non, non, non. On vous parle de l’école de la vie, celle que l’on ne quitte jamais, celle qui vous apprend des trucs autrement plus essentiels que ceux qu’on apprend à l’école de Jules Ferry.

Notre école à nous, celle de l’océan (tiens, Ecole de l’Océan, c’est pas mal ça, ça sonne mieux que Notre Dame de Machinchose) nous apprend la patience, l’abnégation, la persévérance, l’humilité, le courage, et peut être même le dépassement de soi.

Ce qui, il faut bien l’avouer, a plus d’importance dans la vie que le théorème de Pythagore, sans vouloir faire offense à Pythagore, qui a quand même vachement bossé sur les triangles, mais bon sang que ce mec devait se faire chier pour se dénicher une passion pareille...!

L’océan en effet semble nous dire, avec un peu plus d’insistance chaque jour : “Oh là, jeunes marins effrontés, croyez vous qu’il soit si aisé de me traverser ? Quelle impudence que la vôtre ! Je m’en vais vous montrer, moi, qui décide !”

75 - On retourne à l'école
75 - On retourne à l'école

Car, des fois qu’on n’aurait pas pigé, l’océan se charge de nous mettre des bâtons dans les roues - on devrait plutôt dire des banderilles dans les voiles - histoire de nous compliquer l’existence, comme si elle n’était pas assez compliquée comme ça.

Tu te rappelles, lecteur, qu’on t’a écrit il n’y a pas très longtemps qu’il ne faut jamais laisser dire que la route des alizés se fait les doigts dans le nez.

Certes, les vents sont modérés, de sorte que cette route a un avantage incontestable (et incontesté), c’est qu’elle est sûre. Tu ne rencontreras pas de tempête sous ces latitudes, pour autant que tu aies la bonne idée de ne pas t’y trouver pendant la saison cyclonique.

Le problème, c’est que tu risques aussi de ne pas rencontrer de vent. Ce qui est fâcheux quand tu navigues à la voile...

On nous avait prévenus, puisque notre guide des “Routes de Grande Croisière” indique : “bien qu’il y ait rarement de vent de la force d’un coup de vent en hiver, entre décembre et mars, les alizés peuvent souffler à force 6 pendant des jours entiers.”

Alors là, autant vous dire que y’a gourrance, parce que nous, en ce moment, on a force 0,05 comme beaucoup trop souvent ces derniers jours.

En fin d’après midi hier, le vent s’est fait la malle, et avec lui nos espoirs de faire des distances honorables.

La nuit a été tellement calme qu’on pensait qu’on n’était plus en mer... A quatre heures du matin, le bateau s’est mis à danser dans tous les sens, sur une toute petite houle de rien du tout, simplement parce que les voiles étaient vides, et faseyaient lamentablement comme de vieux mouchoirs usagés.

Au matin, le capitaine fait un point, et constate écoeuré qu’en 16 heures, on a parcouru 60 milles, ce qui ramène pour les heures en question notre moyenne à moins de 4 noeuds, alors que la veille, on surfait à 10 noeuds quand ce p... de foutu alizé de m... daignait nous honorer de son souffle !

Bref, c’est encore la pétole, et les quelques lignes de notre guide favori prennent tout leur relief quand on les relit dans ces circonstances : “il semble que pratiquement aucun voyage ne puisse éviter une période de calmes, allant de quelques heures à plusieurs jours.”

75 - On retourne à l'école
75 - On retourne à l'école

Soit... On vous parlait en introduction de ce brillant article de patience, d’abnégation, de persévérance, d’humilité, de courage, et peut être même de dépassement de soi.

Bien que notre objectif premier n’est pas de devenir les champions du monde de la philosophie, nous faisons néanmoins nôtre ce proverbe japonais : il faut savoir se résigner contre ce qui est inévitable.

Pour ceux qui seraient réfractaires à l’esprit oriental, on est en mesure de vous servir pour le même prix une pensée jumelle issue de l’esprit fécond d’un gars dont vous avez sûrement entendu parler, nommé Albert Camus, qui disait : “aller jusqu’au bout, ce n’est pas seulement résister, mais aussi se laisser aller.”

Nous n’avons aucune prise sur la météo, pas vrai ? Ca ne sert à rien de râler, de pester, de s’emporter, de s’énerver parce qu’on est scotchés sur cet océan comme des insectes sur un papier tue-mouches, hein ?

Alors, nous inspirant de Socrate, Platon, Descartes, Pascal, Kant, Hegel et consorts, et démontrant en cela notre remarquable aptitude à manier les concepts philosophiques les plus élaborés, on fait ce que n’importe quel grand esprit aurait fait à notre place : on fait avec !

Et on a plutôt intérêt, parce qu’au point de 16 heures, le couperet tombe : 85 milles en 24 heures, ce qui, si tu comptes bien, lecteur, fait une moyenne de 3 noeuds et des brouettes...

A titre indicatif, on rappelle que 3 noeuds, c’est en général la vitesse maxi autorisée dans les ports...!

Non seulement la pétole ne cesse pas, mais elle s’aggrave.

Après un p’tit bain de mer revigorant dans une eau à 28 degrés, le capitaine remonte à bord d’un bateau immobile. Il n’y a plus un souffle de vent...

Putain, on n’est pas rendus !

75 - On retourne à l'école
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R
J'imagine sans peine, pour avoir moi-même navigué, mais dans des conditions "motorisées", les moments où inévitablement l'angoisse survient dans cette immensité entre ciel et mer... Moi je le répète, je "vous tire mon chapeau", avec mention pour le Pimousse qui ne savait rien de la navigation en général et de celle-là en particulier....
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C
C'est vrai que l'angoisse peut prendre le dessus et la seule solution c'est accepter pour bien vivre et je suis admirative de votre capacité à le faire ! bravo à vous deux ... dans une vie de stress, de vitesse, de course contre la montre quelle belle leçon de vie l'école de l'Océan !
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