76 - Leçon de vie
28 février 2013
Au matin, on fait un constat amusant. Nous avons très peu dérivé, et en plus, dans le bon sens. Preuve que les éléments ne sont pas complètement ligués contre nous, et qu’il faut garder un soupçon d’optimisme.
Pourtant, voici quelques clichés du panorama que nous avions au réveil.
Il y en a de plus désagréables...
L’état de la mer prouve sans doute possible que la pétole n’est pas encore décidée à nous laisser naviguer.
Mais quand tu as le soleil d’un côté, qui donne aux flots ces reflets dorés, et la lune de l’autre côté, qui s’en va tranquillement dans ce ciel pourpre, en nous observant, comme si elle nous disait “j’espère que vous avez bien dormi...”, tu n’as décemment pas le droit de te plaindre.
Et puis, après tout, de quoi nous plaindrions nous ? De ne pas aller assez vite ? Et alors...?
On a à boire, à manger, on ne court aucun danger, alors pourquoi se mettre Martel en tête pour quelques heures - ou même quelques jours - de plus passés en mer ?
On n’a pas toujours été aussi sages, c’est vrai, et lors des premiers épisodes sans vent (c’est tout de même le quatrième aujourd’hui !), nous étions agacés, impatients, énervés parfois, et même découragés.
Avec un peu plus d’expérience, non seulement nous ne nous laissons plus gagner par des sentiments qui sont vains, mais nous parvenons même à apprécier les bons côtés de cette situation.
Qui peut se vanter de se réveiller au milieu d’une piscine à 28 degrés de 150.000 kilomètres carrés avec un soleil somptueux tous les matins ?!
Ah... tu vois !
Et puis on se garde bien aujourd’hui d’espérer quoi que ce soit de la mer et des éléments.
Selon la formule consacrée, l’espoir fait vivre.
Pas si sûr... L’espoir a par essence vocation à être déçu. Il est certes légitime d’avoir des aspirations, des envies, mais il est proprement inconcevable qu’elles soient toutes satisfaites.
Il faut alors gérer sa frustration, son amertume, ses désillusions, ses regrets.
Sans espoir, point de tout cela. Bref, nous n’espérons rien de la mer et du vent, s’ils sont absents, on s’en accommode, en se disant qu’ils nous seront à nouveau nécessairement favorables tôt ou tard.
C’est bien plus simple à vivre.
Lorsque nous espérions voir le vent souffler plus fort ou dans la bonne direction, lorsque nous espérions que la mer se calme, nous étions un peu à cran, et bien peu sereins.
Cette déconvenue liée à cette panne persistante d’alizés aura au moins eu le mérite de nous apprendre à être un peu plus fatalistes, et ce n’est pas un mal.
L’espoir ne fait pas vivre, il rend malheureux et aigri.
La vie est ainsi faite qu’il y a mille et une chose sur lesquelles nous n’avons aucune prise, aucune influence. Plutôt que de vouloir à tout prix les façonner à notre goût, plutôt que d’espérer qu’elles soient conformes à nos voeux, mieux vaut sans doute les accepter telles qu’elles sont et s’en accommoder.
Louis Aragon disait : “il faut regarder le néant en face pour savoir en triompher”.
En regardant les réalités de la mer en face, nous parvenons à mieux gérer l’attente du retour du vent.
Qui est tout de même un peu usante...
On espère, cher lecteur, ne t’avoir pas trop em... avec ces considérations qui s’éloignent un peu du ton léger de ce blog.
Et puis si ça t’em..., faut pas lire, c’est tout !
Revenons à des choses plus pragmatiques, et notamment la progression du jour.
Elle est - oeuf corse, comme on dit à Ajaccio - l’une des plus lamentables qui soit depuis le départ : 20 milles nautiques parcourus en 24 heures...! On n’a même pas fait un noeud de moyenne...
Le capitaine décale à demain son suicide, on ne sait jamais, des fois que le vent revienne...