77 - Shakespeare is back
1er mars 2013
Le grand William, qui avait de l’imagination - et du talent - à revendre, a écrit quelques répliques cultes de la littérature anglo-saxone, et même mondiale, puisque même nous autres, malheureux franchouillards, on en connait forcément quelques unes.
D’abord, la plus mignonne, c’est la p’tite Juliette, qui dit en pleurs à son bienaimé :
“Romeo, Romeo, why are you Romeo ?” se lamentant ainsi que son julot appartienne à la famille la plus détestée par la sienne, rendant ipso facto leur amour impossible et donc romantique en diable.
Ah que c’est beau l’amour !
Y’a aussi le célébrissime “to be or not to be, that is the question”, qui résume à lui seul tout le dilemme auquel est confronté le pauvre Hamlet, héros shakespearien dans toute sa splendeur, qui, c’est définitif, connaîtra sempiternellement des problèmes insolubles autrement que par un bon décès...
Enfin, celle qui nous plaît bien aujourd’hui, c’est la plus pathétique d’entre toutes, tu sais lecteur, quand Mac Beth, dont le règne arrive à sa fin pour cause de guerre très cruelle et très méchante, et qui conserve l’espoir de sauver ce qui peut encore l’être.
Alors le king en question, qui pourrait botter le cul des vilains si seulement il avait un cheval, lance cette complainte désespérée : “a horse, my kingdom for a horse !”, qu’on pourrait traduire, sans risque de se planter, par : un cheval, mon royaume pour un cheval !
L’espèce de pomme qui lance cette réplique est le champion du monde toutes catégories de l’ineptie, puisqu’il serait prêt à troquer son royaume pour un cheval, alors qu’il a justement besoin du cheval pour sauver son royaume...
Ca n’a aucun sens, si ce n’est celui d’illustrer le désespoir du héros... Il est fortiche, ce Shakespeare, quand même, hein ?
Et bien, on espère lecteur que tu apprécieras la pirouette, nous sommes présentement dans le même état de désespoir que le héros shakespearien et nous lançons haut et fort : “du vent, notre bateau pour du vent !”
Tu nous accorderas que c’est tout aussi inepte, isn’t it ?
Ca va faire 72 heures qu’on est englués dans la pétole, et même si on s’efforce de rester philosophes (cf. l’article précédent), on commence à en avoir plein le dos, des fantaisies éoliennes !
Parce qu’il faudrait quand même voir à pas se foutre éternellement de la gueule du monde, et en particulier des marins qui se tapent une transat sous les alizés.
Lesquels marins rappellent que la définition de “alizé” est la suivante : vent modéré, de direction et de force régulières, qui souffle dans les zones tropicales et intertropicales.”
Ah bon ? Si monsieur Larousse et son copain le petit Robert n’y voient pas d’inconvénient, il nous serait agréable que la définition ci-dessus soit sensiblement corrigée, et devienne par exemple :
alizé (n.m.) : vent tout pourri qui passe son temps à faire le contraire de ce qu’on attend de lui, et qui disparait régulièrement pour se faire désirer, en particulier dans les zones tropicales et intertropicales.
Voilà, ça c’est une bonne définition !
Et le capitaine se plaît à rêver de vent, tout simplement...
Il en rêve d’autant plus qu’au point de 16 heures, la progression fait peur : 42 milles depuis hier.
Ca veut quand même dire qu’on a marché à moins de 2 noeuds... Minable, pitoyable, lamentable, et plein de trucs en “able”...!
On profite du calme pour faire notre toilette comme de vrais marins : un plouf dans le bleu profond de l’océan, savonnage en règle sur le pont de Kouunji, re-plouf dans le bleu profond de l’océan, et rinçage express à l’eau douce avec la douche de pont toute neuve installée par le capitaine.
Résultat : consommation d’eau douce pour deux corps entiers tout propres qui sentent bon inférieure à un litre. Qui dit mieux ?
Ray nous a dit qu’il était allé brûler un cierge pour nous et faire quelques prières. Ray, de grâce, arrête de prier pour qu’il n’y ait pas de tempête.... Prie pour qu’il y ait du vent !