79 - Tu as y cru, patate crue !
3 mars 2013
On ne se lasse pas des couchers de soleil absolument somptueux que nous offre l’océan. Heureusement d’ailleurs, car c’est le seul spectacle auquel nous avons droit.
Ah, non... Hier soir, une bande de dauphins est venu traîner à la poupe de Kouunji. Comme pour nous dire : “allez, patience, ça va souffler...”
Et, en effet, crois le ou non, lecteur dubitatif, mais dans l’heure suivante, le zef s’est remis à souffler, timidement certes, mais de quoi nous pousser à 4-5 noeuds tout de même.
Kouunji est incroyablement réactif, le moindre souffle le fait démarrer au quart de tour.
On en profite la nuit durant, et mieux encore, le capitaine au sommeil léger sent aux premières lueurs du jour que le vent fraîchit. Vite ! Il est temps de peaufiner les réglages et de mettre tout ce qu’on peut de toile !
Aussitôt pensé, aussitôt effectué ! Et voilà Kouunji reparti à 6 noeuds, une vitesse qu’il n’avait plus atteinte depuis un bail !
Mais, si tu as percuté à la lecture du titre de cet article, ô lecteur à la vivacité d’esprit comparable à celle de l’inspecteur Columbo, tu sais déjà que ces conditions n’ont pas durées.
Bravo, bonne intuition ! Tu peux ranger ton imperméable cradingue et ta 403 Peugeot, et continuer à lire !
En effet, au beau milieu de la matinée, le vent nous abandonne à nouveau.
Qu’à cela ne tienne, ça ne fera que notre 5ème jour de pétole d’affilée...
On n’est peut être pas les champions du monde de la navigation à la voile, mais on va arriver aux îles Vierges auréolés du titre prestigieux de champions du monde de la patience !
Nous sommes bientôt par 40 degrés de longitude Ouest. Autant dire que nos montres ne sont sûrement plus correctement réglées, puisqu’il fait jour à 9 heures du matin, et que la nuit tombe après 20 heures, ce qui est proprement impensable sous les tropiques, où, grosso modo, il fait jour de 6 heures à 18 heures.
Nous avons donc modifié nos réglages, et “gagné” une heure.
Les nuages au ras des flots continuent de nous amuser avec leurs formes évocatrices, et notre imagination galope pour essayer d’y déceler des animaux, des visages étranges, des objets incongrus, ou n’importe quoi d’autre qui nous permet de laisser notre esprit songer à autre chose qu’au vent qui nous fait défaut.
La grande satisfaction, concernant le bateau, provient du parc de batteries. Nous ne faisons du moteur qu’un jour sur deux, car les panneaux solaires sont d’une incroyable efficacité sous ces latitudes.
En fin de nuit, la tension du parc des batteries de servitude a chuté à 12,30 volts, ce qui est très bien, car il est important que la tension ne descende pas trop, faute de quoi ultérieurement, les batteries tiendraient moins bien la charge.
Puis, au fil du jour, les panneaux solaires - qui ont été embauchés pour ça - font leur boulot, et, dans l’après midi, la tension des batteries est remontée à 12,80 volts, c’est à dire presque autant que lorsqu’on se branche au quai dans une marina !
Bref, l’autonomie à laquelle nous aspirions, et bien... nous l’avons ! Alleluïa mes frères, en vérité je vous le dis, Dieu... euh, non... Victron est grand !
Victron, ami lecteur, est le fabricant néerlandais de nos batteries, de nos panneaux solaires, et du régulateur qui fait la jonction entre les deux.
Et nous, Victron, on l’aime ! Parce que grâce à lui, on a de l’électricité en pagaille, et du coup on peut se servir de l’ordinateur tant qu’on veut, regarder des films et des séries (en ce moment on dévore Dexter, l’histoire de ce gentil serial killer qui ne tue que les méchants pas beaux, c’est vraiment génial, on te recommande si tu ne connais pas).
Surtout, on ne lésine pas avec les gadgets du bord, et notamment le radar qu’on met en branle toutes les nuits, ce qui nous permet de dormir comme des bébés, et ça, en grande croisière, c’est vraiment du luxe.
Cela étant, à l’approche des Antilles, on sera sans doute un peu plus prudents, et on ne confiera pas notre destin à un appareil qui est susceptible de tomber en panne...
L’autre luxe, c’est d’avoir enfin compris le fonctionnement du poste radio, et de balancer du AC/DC à fond les manettes en plein milieu de nulle part, avec aucun voisin pour te faire chier parce que c’est trop fooooooort !
Mais tant qu’on ne croise qu’un bateau par semaine, on peut se laisser aller, non ?
C’est sur fond de hard rock que le capitaine pêche un canard, le prépare en confit avec des patates sautées pour midi, avec ail et fines herbes s’il vous plaît, de sorte qu’on est repus quand le vent refait son apparition.
Car oui, lecteur, tu as bien lu, le vent est revenu ! C’est un petit ventounet, mais du vent quand même. Et avec ce qu’on a vécu ces derniers jours, on ne fait pas les difficiles.
Le code D retrouve la place qu’il n’aurait jamais dû quitter, c’est à dire à l’avant du bateau pour nous propulser à 6 noeuds, ce qui est plus que correct quand l’anémomètre nous dit qu’il y en a 9 de vent (et autant derrière)...!
Et du coup, au point de 16 heures (qui en fait si tu as bien suivi se fait à 17 heures, on refait le coup de Philéas Fogg...!), notre avancée s’établit à 75 milles.
On croise les doigts pour que les conditions qu’on a maintenant durent... jusqu’à Tortola !
Mais c’est pas gagné !
On a aussi pensé à souhaiter un joyeux anniversaire à Jean Michel, dit “le Doc”, qui nous a préparé la pharmacie du bord comme un chef. Mais comme il ne répond pas à notre texto, on se demande si la communication est bonne, puisque parfois, certains de nos contacts nous répondent... trois jours plus tard !
C’est bien la peine d’investir dans un téléphone qui coûte les yeux de la tête !
Notre consolation, c’est de voguer vers le soleil couchant sous code D bien établi. Tu veux voir ce que ça donne ? Et bien, voilà !