Un catamaran autour du monde

19 Mar

83 - Alizé II : le retour du jeudi

Publié par Le capitaine et le pimousse

7 mars 2013

On est allés se coucher en faisant comme d’hab quand c’est la pétole : radar en marche (sécurité toujours !), grand voile hissée haut, un petit bout de foc pour l’équilibre du bateau, chariot d’écoute bloqué au milieu, et barre amarrée sur notre cap.

Comme ça, si le vent se lève, d’où qu’il vienne, on en prendra un peu, et on avancera, sans avoir besoin de s’extraire du plumard, qui est sacrément douillet, car le pimousse prend soin de notre intérieur.

Dans la nuit, l’alizé - toujours plus ou moins noctambule - revient (comme on est jeudi, c’est le retour du jeudi...), sans tambour ni trompette, pile poil comme on l’aime, c’est à dire au petit largue, soit 120° par rapport à notre cap.

Le capitaine, toujours borgne du sommeil (puisqu’il ne dort que d’un oeil !) est comme catapulté hors de la couchette en sentant que “ça remue” à l’extérieur.

Bien qu’il fasse nuit noire, le halo du joli croissant de lune baigne Kouunji d’une douce lumière, qui permet au capitaine de peaufiner les réglages des voiles.

Le foc est prié de regagner son enrouleur, le code D est appelé à la rescousse, et revoilà notre fier navire attaquant bille en tête ce qu’il nous reste d’océan pour toucher au but.

Il n’y a que 9-10 noeuds de vent, mais Kouunji, qui est désireux de montrer ce qu’il a dans le ventre, gratifie son équipage hybride (un capitaine qui barre, un pimousse qui pionce) d’une allure généreuse de 6 noeuds.

Le capitaine, trop habitué aux changements impromptus de vent, décide de rester à la barre, des fois que le cycle infernal recommencerait. Mais pour une fois, ça ne recommence pas... Enfin, pas tout de suite...

Le capitaine pousse un soupir de soulagement qui fait bondir le bateau en avant (!) et, après deux heures de surveillance et de réglages minutieux, retourne dans les bras de Morphée, les seuls qui peuvent l’accueillir - hormis ceux du pimousse - sans que ce dernier soit jaloux !

Au réveil, c’est du bonheur : on a bien progressé (on a fait autant dans la nuit que toute la journée hier) et figure toi, lecteur tiraillé par le suspense insoutenable de ce blog, que... le vent est encore là !

Y’a de quoi se la peindre en rouge et se l’estampiller avec le logo Ferrari, hein ?

Mais évidemment, c’était trop beau pour que ça dure. Vers midi, le vent doit sans doute considérer qu’il a assez bossé comme ça, et se barre au resto, sans nous inviter. L’enfoiré !

On se console avec les restes de la dorade d’hier, et les chocolats de Gilles et Céline, qui ont bien abîmé les dents du capitaine...!

83 - Alizé II : le retour du jeudi
83 - Alizé II : le retour du jeudi

Ce nouvel épisode de pétole permet au pimousse de prendre soin de son corps, et en particulier de ses gambettes jolies.

83 - Alizé II : le retour du jeudi

Le point de 16 heures est médiocre : 74 milles parcourus.

Certes, c’est bien plus qu’hier, mais à peine la moitié de ce qu’on devrait faire normalement !

Le point de 16 heures en appelle un autre, c’est le point du 20ème jour.

Car voilà 20 jours qu’on a quitté Las Palmas, et selon nos prévisions, nous devrions être en vue des îles Vierges, ou en tout cas pas très loin.

Hélas, trois fois hélas, il n’en est rien. Nous sommes encore au moins à 900 milles desdites îles, qui risquent de ne plus être vierges quand on y accostera !

En 20 jours de mer, nous avons eu très exactement 11 jours de vent correct, et 9 jours de vent très faible ou inexistant. Notre meilleure journée : 190 milles ! La pire : 25 milles !

Au total, nous avons franchi aujourd’hui la barre des 2.000 milles. Caramba, comme ils disent au Mexique !

Mais notre moyenne laisse pantois : 2.049 milles en 20 jours, la division est vite faite, ça fait très exactement une moyenne de 102,45 milles par jour, mais comme on n’est pas des épiciers, on va arrondir ça à 100 milles par jour.

Autant dire que c’est nullissime, car un bateau comme Kouunji, avec des conditions favorables, devrait normalement abattre entre 160 et 180 milles par jour les doigts dans le nez...

Calamité de vent ! Ne va-t-il pas se décider à enfin souffler régulièrement ?

Tu te rends compte, lecteur, qu’on se réjouit désormais de traites de 80 milles par jour, alors qu’on devrait faire le double ? C’est te dire si la pétole nous a esquinté le moral et la gamberge !

Bon, de toute façon, comme disait Esmeralda Gonzalez, la concierge de la tour n°4 au Moulin à Vent, “quand on y est, on y est”...! Elle le disait avec un terrible accent portugalo-espagnol, qui allait à ravir avec ses moustaches et son embonpoint.

Cette brave femme avait raison, donc, on prend notre mal en patience et on continue. Qu’est ce qu’on peut bien faire d’autre, hein ?

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C
... la chocolat fait du bien au moral...bien vous en a pris de le grader jusque là ! ...
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R
Euh... Céline, t'avais pas un p'tit coup dans le nez là ?... (lol) C'est vrai que dans le lot exposé il doit y avoir des grades !....
R
On dirait que les jours se suivent et se ressemblent ! Il n'en est rien, tout bien considéré et en dépit de la morosité qui transparait parfois au détour d'une phrase, rien n'est jamais pareil, heureusement, la monotonie n'est pas constante, çà se voit aux mines de l'équipage !...
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