84 - Histoire de bougie
8 mars 2013
Ray, depuis quelques jours, nous dit qu’il va retourner aux Saintes Marie de la Mer pour aller allumer une p’tite bougie pour nous. On soupçonne qu’il y ait eu gourrance au départ. Comme Ray se fait du souci pour sa fille chérie, il a sûrement prié depuis le départ pour qu’on n’ait pas de problème, et un temps clément.
Seulement, il a mis tellement de ferveur dans ses prières que la divinité qui les entendues (bien malin qui pourrait dire laquelle est-ce ?) n’a pas pu y rester insensible, et du coup, nous a privés de vent pendant 9 jours.
C’est sûr, comme ça, le ciel ne risquait pas de nous tomber sur la tête !
On a donc prié Ray de modifier sensiblement auprès de la divinité concernée les termes de son humble requête, et de quémander de quoi nous rapprocher des îles Vierges (ou de toutes les îles qui émergent de l’eau aux alentours, on n’est pas sectaires !)
Il faut croire que Ray d’abord et la divinité ensuite ont reçu le message 5 sur 5, because à 4 heures du matin (ça devient une habitude), le vent s’est remis à souffler sérieusement.
Le capitaine s’est éjecté de la couchette comme un boulet de canon, et a passé deux heures et demi à régler les voiles, faire tous les essais possibles, et même quelques photos du lever de soleil, pour se contenter d’un truc tout bête : on laisse le code D faire son boulot !
Et bon sang qu’il le fait bien, le bougre, dès qu’il y a du zef !
On passe donc la fin de nuit et le début de matinée comme ça, à filer à 8-9 noeuds, avec nos 15 noeuds de vent. Il nous en faut pas beaucoup, hein ?!
Le résultat ne se fait pas attendre, et nous pouvons - avec l’audace qui nous caractérise - affirmer haut et fort ce qui va peut être te surprendre, lecteur, mais tant pis : quand ça souffle, on carbure !
On a fait plus en quelques heures que durant la dernière journée !
Il faut dire que c’est exponentiel, la croissance de la vitesse... Car quand il y a pétole, on marche à 2 noeuds. Dès que ça souffle un peu comme en ce moment même, on avance à 8 noeuds, soit 4 fois plus vite, ce qui évidemment fait une sacrée différence.
Forts de ces nouvelles conditions - qui sont celles que nous aurions dû avoir depuis 10 jours - on reprend notre petit rythme à bord : p’tit déj copieux, avec force Nutella et thé british importé de Gibraltar !
On aurait même pu bouffer le poisson volant qui a eu la très mauvaise idée de venir s’échouer sur le pont de Kouunji, puisque du coup, le malheureux a défunté ! Mais on organise pour lui une cérémonie funèbre digne de ce nom, et il regagne ses eaux natales pour y reposer en paix ! Amen !
En sus, on se fait une p’tite compil de la musique qu’on a en stock (merci Silvio !) qu’on bascule ensuite sur la sono du bateau, et on savoure, tranquilles, les lentes glissades de Kouunji sur la houle océanesque, qui nous rapprochent de notre destination.
Celle-là même d’où on t’enverra bientôt une carte postale pour te faire bisquer, lecteur adoré-qui-se-gèle-dans-l’hiver-métropolitain !
Le point de 16 heures, bien que lourdement obéré par les dernières heures d’hier, fait plaisir : 135 milles avalés.
On tient le bon bout !
Ce qui nous le confirme, c’est qu’on voit aujourd’hui et pour la première fois depuis trois semaines, un voilier qui nous file le train. Il est un peu plus grand que Kouunji, mais on lui donne du fil à retordre et on ne se laisse pas rattraper par ce malotru !
Nous étions sous code D seul, mais comme le vent a baissé un tantinet, et qu’en plus il est désormais de travers, le capitaine a hissé la grand voile. Et Kouunji est reparti de plus belle !
Faire de la régate au beau milieu de l’Atlantique, quel pied !