85 - Nouvelle rencontre
9 mars 2013
Jamais nous n’avons traversé d’immensité désertique plus grande que l’océan Atlantique. Pourtant, ça ne nous empêche pas de faire des rencontres et de se faire de nouveaux boat-potes !
Il fallait bien que ça serve à quelque chose de se tirer la bourre avec l’autre catamaran qui nous filait le train hier. Ce salopard continue à aller plus vite que nous...!
A sa barre, le capitaine, Fernando, et un équipage de français (cocorico !) qui s’en vont à Saint Martin, qui sera leur première étape express aux Caraïbes, avant de gagner Tortola. Tiens...? Comme nous !
Après quelques photos réciproques sous gennaker pour eux et code D pour nous, qu’on promet de s’envoyer par mail, on se donne évidemment rencard pour écluser un godet sur le plancher des vaches, une fois qu’on y sera, of course.
Ce sympathique équipage navigue sur un Lagoon 450 battant pavillon canadien, et on ne te cache pas, lecteur (d’ailleurs on ne te cache rien) que nous sommes “soulagés” d’apprendre qu’ils ont eux aussi connu un sévère épisode pétolesque (12 jours) depuis le début de leur transat.
Ouf ! On finissait par croire qu’on avait tout fait à l’envers, qu’on s’y était pris comme des manches, et on songeait même à abandonner le bateau pour rentrer en avion profiter des derniers jours de froid en France (...) mais finalement, on va peut être se raviser et s’exposer un peu les doigts de pied en éventail sous les cocotiers puisque, d’après ce que nous raconte Fernando et son second Jean Marc, on s’en est pas trop mal tirés avec l’absence de vent.
Absence désormais absente (!), puisque le zef a soufflé régulièrement à 12-15 noeuds toute la soirée et au petit matin, de sorte que, depuis le point d’hier, on a engrangé 100 milles de mieux à notre loch !
Le loch est au bateau ce que le compteur kilométrique est à l’automobile, à noter, y’aura interro écrite la semaine prochaine !
Et c’est pas fini, puisqu’au moment où on rédige ces lignes, il n’est que 8 heures, et que le vent nous tient encore compagnie. Il était temps qu’il daigne souffler plus de 4 heures d’affilée !
Il faut tout de même observer que tout hier, nous avons eu un vent de Sud, qui a viré Sud Ouest dans la nuit. Ce qui est une hérésie météorologique...! Puisque, pour faire simple, l’alizé souffle dans une direction qui est exactement inverse à celle qu’il devrait avoir !
Mais, on ne fait pas les difficiles, nous, tout ce qui nous importe, c’est d’avancer, et on le fait. Donc, everything’s all right, comme disent nos amis British.
Que les défenseurs de la langue française nous pardonnent, mais nous allons être contraints ces prochaines semaines d’émailler ce blog de quelques anglicismes, et même quelques expressions purement britanniques, car on vous rappelle que nous allons aborder les côtes des B.V.I., soit les British Virgin Islands, en anglais dans le texte comme dirait Tophe.
Or, on s’est rencardé, et hélas - c’est définitif - ils ont adopté la langue de sa très gracieuse majesté la Queen Elizabeth II depuis des lustres, à l’époque où l’Empire Britannique était dirigé par un de ses très vieux ancêtres, mais il ne faut pas nous demander lequel, parce qu’ils sont trop nombreux et de toute façon on s’en tamponne !
On patauge déjà avec les rois et empereurs de France, d’Anchois Pommier en passant par Lampe au Néon Moule à Tarte (faut décoder, hein ?), alors on va pas en plus se coltiner la généalogie de la royauté britannique !
On se permet quand même de faire remarquer à nos dirigeants que ce serait peut être une bonne idée de restaurer la monarchie, parce qu’on trouve qu’avoir un roi ou une reine, ça a de la gueule !
En tout cas, ça en jette plus que d’avoir un président de la raie-publique qui sodomise le contribuable quotidiennement, surtout quand le président en question a le charisme d’une huître de Bouzigues, sans vouloir faire offense aux ostréiculteurs de cette charmante bourgade !
Bon, on s’égare, et puis on ne va pas parler politique, d’abord parce qu’il n’y a rien de moins intéressant que ça, et rien de plus éloigné de nos préoccupations, mais surtout parce que notre blog se veut fédérateur, et si on commence à émettre des opinions trop tranchées sur ce sujet, c’est sûr, on va se faire des ennemis...!
Et nous, tout ce qu’on veut, c’est la paix ! Paix que nous n’avons pas eu cette nuit, parce que c’est bien gentil de se tirer la bourre avec nos boat-potes, mais deux bateaux distants de quelques mètres, qui vont peu ou prou dans la même direction, à la même allure, il faut quand même les surveiller pour éviter une collision qui a des chances d’être fatale, surtout qu’il nous reste encore quelques milles à parcourir avant de toucher les côtes Antillaises !
Même si on a une nouvelle fois requis les compétences combinées du pilote automatique et du radar, le capitaine a très mal dormi, et du coup le pimousse aussi.
Mais on ne peut pas tout avoir : soit on avance à toute berzingue, et on ne dort pas, soit on imite le mille patte unijambiste, auquel cas on se tape des nuits dignes d’un ours qui hiberne sous Lexomil !
Et vu comme on a lambiné ces derniers jours, le choix est vite fait : on fonce !
Ce qui se confirme au point de 16 heures, réalisé en fait à 17 heures pour cause de basculement dans le fuseau horaire suivant : 170 milles de mieux !
Ca nous place donc à 600 milles et des poussières de notre bien aimée Tortola, qu’on ne connait pas mais dont on sait déjà qu’on va l’apprécier grave !
Au programme de notre première semaine après l’arrivée : rien ! On ne bouge pas d’un iota, pas de navigation, rien !
Le pimousse rêve d’un jus de fruits frais avec de la glace pilée, et le capitaine aussi, ainsi que d’un T-bone steak bien saignant...! Comme quoi, après plus de trois semaines en mer, tes aspirations concernant la quête du bonheur deviennent relativement modestes, hein ?
Et puis c’est bien connu : le bonheur se trouve dans les choses les plus simples, non ?